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Chronique04/01/2015 à 23:04

Chronique : L'Afrique est-elle si bien partie ?

Chronique : L'Afrique est-elle si bien partie ?

Par Khalifa Chater

Nous empruntons ce titre à Sylvie Brunel, qui a voulu réactualiser récemment, l'essai de René Dumont qui a publié, en 1962, "l'Afrique est mal partie". Plutôt homme de terrain que théoricien,  l'ingénieur agronome René Dumont présentait un diagnostic pessimiste sur l'Afrique subsaharienne, dans un contexte de "décolonisation optimiste". Il demandait aux Africains de reprendre en main leur agriculture, privilégiant une culture vivrière locale, afin d'éradiquer la faim. Le livre fit alors scandale, car  il s’élève à contre-courant des discours et des pratiques des élites issues des indépendances.

Actuellement, on évoque volontiers l'apparente émergence de l'Afrique.  Ses taux de croissance record, suscitent l'engouement des médias et des investisseurs. Certains n'hésitent pas à affirmer que le continent serait en passe de devenir le prochain moteur économique mondial.  Un récent rapport de la Banque Africaine de développement affirme :  "Les informations disponibles donnent à penser qu’au cours des cinquante prochaines années, l’Afrique aura toutes les chances de réaliser son ambition de créer une zone économique dynamique, diversifiée et compétitive, dans laquelle des sociétés pacifiques, stables et dynamiques ne connaîtront plus l’extrême pauvreté" ("L’Afrique dans 50 ans vers une croissance inclusive", aout 2011). Optimiste, le rapport estime que "le produit intérieur brut par habitant devrait connaître une croissance continue sur la période de 2010 à 2060. D’ici là, la plupart des pays africains auront accédé au statut de pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, et les formes extrêmes de la pauvreté auront été éliminées". De nombreux articles parus dans les journaux internationaux se hâtèrent de partager ces vues. 
Réévaluant ces diagnostics,  Slate Afrique estime que "l'envol économique de l'Afrique n'est qu'un leurre et affirme que "les indicateurs de croissance explosive de l'Afrique sont exagérés" (titre de l'article, 10 janvier 2013). Elle cite, à juste titre, les conclusions du candidat présidentiel ghanéen Nana Akufo-Addo : "Il y a une trentaine d’années, certaines nations africaines, à commencer par le Ghana et l'Ouganda, ont mis en place des réformes libérales pour contenir leur déclin économique. Mais dans de nombreux cas, nous avons ouvert nos marchés à la compétition mondiale alors qu’au-delà des industries minières, nous n’avions rien pour rivaliser. Alors si la part des projets d’investissements directs à l’étranger du continent a constamment augmenté au cours des dix dernières années, une grande partie de cet investissement n’a fait qu’accentuer les déficits structurels de nos économies." 
Plus nuancé, un nouveau rapport de la BAD affirme : "La croissance de l'Afrique semble se concentrer sur une gamme limitée de matières premières et sur les industries minières. Ces secteurs ne génèrent pas les opportunités d’emploi qui permettraient à la majorité de la population d’en partager les bénéfices. Ce phénomène tranche de façon très contrastée avec l’expérience asiatique, où la croissance du secteur industriel, à fort besoin de main-d'œuvre, a contribué à sortir des millions de personnes de la pauvreté..." (Growing African Economies Inclusively, Annual, Development, Effectiveness, Annual Developme). Conclusion du rapport : "Promouvoir une croissance globale signifie... élargir la base économique au-delà des industries minières et d’une poignée de matières premières du secteur primaire".
L'essai de Sylvie Brunel, géographe, économiste, ancienne présidente de l'ONG Action contre la Faim, publié récemment, réactualise le diagnostic, remettant en cause le décollage annoncé (L'Afrique est - elle si bien partie ?, Editions des Sciences Humaines, 2014). Tout en reconnaissant que l'Afrique connait depuis l'an 2000, un taux de croissance supérieur à 5 %, elle en oppose d'autres indicateurs : un tiers des pauvres du monde vit en Afrique subsaharienne, contre un cinquième en 1990. Elle rappelle que la croise repose  sur une série de mannes (pétrole, potassium etc.), peu pourvoyeuses d'emplois. Ce qui lui permet d'affirmer que "la croissance n'est pas le développement". Reprenant la thèse de René Dumont, elle affirme  que les gouvernements doivent s'appuyer sur les communautés rurales. Elles seront le moteur du décollage durable de l'Afrique. Prenons la juste mesure de ce cri d'alarme. Et si René Dumont, qui prophétisait en 1962 que l'Afrique était mal partie, avait toujours raison ? L'explosion de la violence et des inégalités ne risque-t-elle pas de remettre en question les progrès effectués ? A quelles conditions l'Afrique, ce continent si riche, peuplé de tant de pauvres, peut-elle vraiment et durablement sortir de ses difficultés ? Le diagnostic de  Pierre ABOMO est aussi réservé :  "La croissance économique actuelle de l’Afrique s’apparente-t-elle à un leurre ? Tout se passe comme si l’amélioration des indicateurs économiques se suffisait à elle-même en dépit d’un manque de conscience géopolitique, de l’absence de sécurité, de démocratie véritable et de vision sociétale inclusive et transcendante" (Afrique, émergence dans l'insécurité, site Diploweb, 2 décembre 2014). L'annonce du printemps africain, par la chute Blaise Compaoré, chef d'Etat du Burkina Faso, qui était au pouvoir depuis 1987, modifiera-t-elle la donne ? Blaise Compaoré a démissionné le 31 octobre, après des manifestations de masse contre un projet de modification de la constitution, qui devait lui permettre de se maintenir à la tête du pays à l'échéance de son mandat, fin 2015. Un diplomate Michel Kafendo  a été désigné, le 17 novembre,  chef d'Etat intérimaire. Ces changements de régime, au Sénégal, au Ghana et au Burkana Faso mettant en œuvre  l'habilitation citoyenne, seraient susceptibles de réviser la politique socio-économique, répondant aux attentes des contestataires. Peuvent-elles mettre à jour le développement global ? 

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