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Chronique10/09/2026 à 12:16

De l’union citoyenne et de l’unité citoyenne

De l’union citoyenne et de l’unité citoyenne

Par Mansour M’henni

Les tensions qui animent aujourd’hui le débat public en Tunisie rend nécessaire de repenser la structure appropriée de la société tunisienne, comme d’ailleurs d’autres sociétés. 

Au centre du débat et de la réflexion, s’actualisent deux notions importantes, à distinguer et à croiser, celles de « l’union citoyenne » et de « l’unité citoyenne ». Ce débat ne saurait s’avérer constructif sans se concilier avec la notion de « société de conversation » où discuter ne cherche pas à avoir forcément le dessus et où l’écoute ne néglige en rien la part et la participation des voix minoritaires, comparées à celles des forces dominantes. Il importe de préciser, à ce propos, que l’unité citoyenne est un sentiment d’appartenance commune à un cadre d’identification souvent représenté par un territoire et un État.

Cette appartenance commune ne saurait alors priver l’individu de ses spécificités caractérisantes, mais lui impose un devoir de solidarité pour l’intérêt commun. Quant à l’union citoyenne, c’est un compromis, une association, constituant une instance d’action pour défendre des valeurs partagées ou pour chercher à réaliser des objectifs communément choisis. Ainsi, dans l’unité citoyenne, la citoyenneté est un cadre, et dans l’union citoyenne, la citoyenneté définit un objectif d’action.

Mais ni l’une ni l’autre ne saurait priver le citoyen de ses caractéristiques spécifiques tant que celles-ci n’interviennent pas pour bloquer les déterminants objectifs de la citoyenneté civile définissant la nature et le fonctionnement de l’instance sociétale communément adoptée et assumée. Or, semble-t-il, nous sommes actuellement, en Tunisie, dans une sorte de fâcheuse confusion entre les deux notions; ce qui fait que certains d’entre nous prennent un des objectifs d’une union citoyenne pour la nature même de notre unité citoyenne, poussant ainsi leur désir jusqu’à réduire la société commune à la seule caractéristique qu’ils veulent lui donner, compte non tenu de la place et de la volonté d’autres concitoyens pensant différemment ou de nature différente.

Cela est illustré on ne peut plus clairement par les contenus des réseaux sociaux à telle enseigne qu’on ne sait plus si c’est le citoyen qui fait ces réseaux comme ils nous paraissent ou ce sont ces réseaux qui, commandés par des forces occultes, sont en train de modeler le citoyen à leur manière et conformément à des visées stratégiquement montées pour la maîtrise des différents groupements sociaux dans l’intérêt et les intérêts de leurs « commandeurs ».

Curieusement, la voie des pouvoirs est en passe de se réédifier à la mesure et aux notes des voix du pouvoir, dans le croisement des rapports de l’homme à l’intelligence artificielle et des ambiguïtés qui président à leur marche coordonnée par une intelligence qu’on ne saurait à qui attribuer. Tout est alors à remettre en question et à placer au centre de toutes les questions, les questions à penser, les questions du faire et la grande question de l’être.

C’est dire que l’avenir de la Tunisie se jouerait plus du côté de la pensée interrogative et de l’intelligence conversationnelle que du côté de la gestion impérative et de l’intelligence artificielle. Et c’est aux Tunisiens d’assumer leur choix et leur démarche.

Economique Jawhara FM

jmc
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