A propos de certaines dates commémoratives

Par Mansour M’henni
Les occasions de commémoration de certaines dates sont chose courante dans toutes les contrées, chez tous les peuples et dans les différentes étapes historiques. Cependant, elles peuvent changer de symbolique ou de signification selon plusieurs facteurs déterminant la pensée et le caractère des gens.
Il faut dire que, chez nous en Tunisie, la dernière secousse sociale, devenue pour un temps le Printemps arabe, a connu toutes les saisons et leurs effets les plus divergents. C’est sans doute pourquoi chaque commémoration est jugée existentielle pour certains et absurde pour d’autres, importante pour les uns et négligeable pour d’autres, sans parler de ceux qui restent insensibles à son souvenir et encore moins à toute dimension festive s’y rapportant. Ajoutez à cela la divergence sur la date jugée plus à même de représenter cet événement : le 17 décembre ou le 14 janvier.
En effet, pour les uns, parler de révolution, c’est lui supposer comme résultat un changement de régime, ce qui ne serait pas le cas ici vu que c’est le même régime qui leur paraît se poursuivre et les mêmes défauts qui continuent à lui être reprochés. N’empêche que c’est bien le 14 janvier qui en donnait l’illusion, surtout avec le départ de l’ancien président et son éviction, et c’est cette date qui serait alors à retenir comme le critère historique du changement reconnu. Mais pour d’autres, c’est le 17 décembre qui reste un repère plus significatif parce qu’il est rattaché à un acte suicidaire dû à la précarité des conditions sociales. Il est vrai que deux cas pareils avaient précédé, pourtant plus crédibles et « plus propres », dirait-on ; mais c’est le troisième cas qui a conduit directement au bouleversement.
Cette année, apparemment plus que les années précédentes, la divergence socio-politique à propos de la pertinence commémorative s’est doublée d’une autre divergence, socioreligieuse dirions-nous, à l’occasion de la fête du jour de l’an. En effet, l’occasion a permis une lourde diabolisation des concitoyens, dans un pays musulman, se permettant de fêter Noël, un cérémonial chrétien ! On est certes loin des prescriptions coraniques où il est explicitement dit « Vous avez votre religion et j’ai la mienne » ! L’opinion des chantres de certaines traditions leur paraît plus logique que la source même de la religion musulmane, la Parole d’Allah !
Mais on va plus loin encore et on appelle à ne pas fêter le début de l’année civile parce qu’elle leur paraît une simple variante du jour de Noël, donc de nature foncièrement chrétienne et ne concernant nullement la population musulmane. Allez leur expliquer que le premier janvier consacre le début d’une année civile et non d’une année religieuse, allez leur dire que cette année civile a été instituée 46 ans avant la naissance du Christ, par un Romain, Jules César, vous ne convaincrez personne parce que toute écoute s’est bouchée après l’intériorisation d’une pensée fanatiquement inculquée.
Ces exemples ne sont pas donnés pour eux-mêmes, mais pour attirer l’attention sur une obstination toujours croissante de tout bâtir sur le conflit plutôt que sur la tolérance et d’essayer de tout résoudre par la violence plutôt que par la conversation. Pensez autrement et vous serez traités de tous les noms !











