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Chronique14/08/2018 à 09:21

Béji Caïd Essebsi et les fondements de l’Etat civil

Béji Caïd Essebsi et les fondements de l’Etat civil

Par Mansour M’henni

L’éminent intellectuel tunisien Abdelaziz Kacem a publié, le 6 août 2018, un article intitulé « De Bourguiba à BCE, l’obsession bénie du féminisme », sur le site de notre confrère Leaders, et m’a envoyé un message pour me demander ce que j’en pensais. 

Je l’ai remercié de sa confiance et lui ai répondu que son article était d’abord un témoignage de grande importance et l’expression de l’engagement sincère d’un intellectuel moderniste, lui promettant de revenir à la question dans une prochaine chronique (sur un support différent, puisqu’il ne s’agit pas d’un droit de réponse, mais d’un échange et d’une conversation entre médias). Je pensais bien à celle-ci.

Abdelaziz Kacem a témoigné de son expérience à la tête des médias publics et des occasions qu’il avait eues de constater directement l’intérêt porté par Bourguiba à la femme en général et aux femmes des médias en particulier. Ce volet est bon pour l’Histoire, sans doute aussi pour l’histoire personnelle de si Abdelaziz, mais peu lié, me semble-t-il, au problème d’actualité, en l’occurrence le rapport de la COLIBE.

Quant au second volet, il est dans le vif de notre intérêt et de nos interrogations présentes, de par le parallèle qu’il établit entre le forcing de Bourguiba pour le Code du Statut Personnel et la démarche évolutive et démocratique d’actualisation de cet acte initial, dont voudrait se faire prévaloir Béji Caïd Essebsi. A ce propos, je retiendrais du texte d’A. Kacem, dans l’ordre de l’enchaînement des idées, les extraits suivants : Bourguiba « regrettait de n’être pas allé jusqu’au bout de sa réforme […].Béji Caïd Essebsi reprend le flambeau, relance le débat. […]Il crée à cet effet une Commission des libertés individuelles et de l'égalité […]. La campagne de dénigrement dont BCE fait l’objet est sans précédent. […]De là où il est, l’homme du 13 août 1956, le regarde et l’exhorte à parachever son œuvre, en faveur des femmes, sur la base du rapport de la COLIBE. Allez-y, foncez Monsieur le Président, entrez dans l’Histoire. »

En fait, peu enclin à anticiper sur l’opinion et les décisions d’autrui, j’avais le pressentiment que le Président de la République avait la clé de la sortie dans la poche, et l’avait peut-être dès la réception du rapport de la COLIBE. Cependant, il avait prévu, par la création même de la commission, de secouer la société tunisienne au point névralgique de son rapport à la modernité, pour la mettre à l’épreuve de l’Histoire, de la démocratie et du sens du progrès. Il lui fallait donc aller jusqu’au bout et laisser le débat connaître tous ses aléas, sachant que cela serait instructif sur l’évolution réelle et profonde de la société tunisienne depuis l’acte d’indépendance et le CSP. Finalement, son discours du 13 août 2018 est venu couronner cette pédagogie de la démocratie dans une société qui y aspire et qui ne sait pas trop comment y arriver, continuant tout de même d’y aller comme il en va.

Il l’a bien dit, BCE : Bourguiba n’avait pas de contrainte constitutionnelle ; il pouvait donc oser l’acte initiatique, quasiment individuel, d’une mise en marche de l’Etat tunisien, plus tard de la société, sur la voie des penseurs du réformisme tunisien. Pourtant, il est resté sur une sorte de frustration, disent les uns, sur une sagesse réaliste dirions-nous, en n’y allant pas jusqu’au bout. Béji Caïd Essebsi a beau se considérer l’héritier légitime de la pensée et de la politique bourguibiennes, il sait, plus que quiconque, qu’il n’a ni les mêmes facilités à décider ni les mêmes conditions pour opérer. Il sait surtout qu’il n’est pas de la sagesse réaliste, toute bourguibienne, de répondre à l’exhortation : « Allez-y, foncez Monsieur le Président, entrez dans l’Histoire ».

Le discours de lundi dernier, tout d’improvisation en apparence, est à coup sûr l’essence d’une longue et sereine cogitation, d’une minutieuse et sincère analyse, d’une profonde intériorisation de la question, sans couper cette dernière de ses déterminants contextuels. Ce discours a poussé dans leurs derniers retranchements tous les dénigreurs de BCE et de son initiative, des sceptiques jusqu’aux plus farouches opposants. Il a surtout dévoilé les tactiques des différents partenaires politiques en mettant au clair sa propre tactique, celle-ci ayant pour piliers les trois fondements de l’Etat civil, tels que consignés dans la constitution : d’abord et avant tout, au-dessus de tout aussi, la suprématie de la constitution,  puis, en référence à la constitution toujours, la mise en application de la nature civile de l’Etat et de la volonté populaire.

La première, la constitution, n’est pas une réalisation de BCE, mais il s’y applique par une adoption a posteriori du fait de son élection à la présidence conformément à cette constitution, pour l’application de cette même constitution. Si maintenant l’ancienne troïka, principal décideur dans l’adoption de la constitution, et particulièrement Ennahdha, veut se repositionner autrement, voire même en contradiction par rapport à la constitution, c’est son affaire et elle en assume la responsabilité devant le peuple.

En second lieu, l’immuable article de base de cette constitution unanimement votée ou presque, stipule la nature civile de l’Etat tunisien, qui se reconnaît comme un Etat musulman, mais ne se dit pas islamiste. C’est donc au parti Ennahdha de régler ses cordes, lui qu’une bonne partie du peuple tunisien a accueilli et intégré, chacun pour ses raisons, mais tous dans un souci de cohésion de l’unité nationale et de pacification des rapports politiques et sociaux. Il avait bien annoncé son évolution engagée pour se transformer en un parti civil, malgré sa référence à la religion. Si maintenant il entend renoncer à cet engagement, c’est encore son affaire et il en assume la responsabilité devant le peuple.

Et en troisième lieu, pour ce qui le concerne, BCE précise n’avoir fait que son devoir de président universellement élu, donc concrétisant la volonté du pauple jusqu’à la fin de son mandat, celui de veiller à l’application de la constitution qui stipule l’égalité entre les citoyens, indépendamment de toute différence de sexe, de statut social, de religion, de région, etc. Or comment mettre en application une telle recommandation constitutionnelle sans faire ce qu’il a fait, dans le respect des institutions constitutionnelles ? La présidence de la République pouvait initier une commission de réflexion et de proposition et elle l’a fait. Elle a rendu public le rapport qui en est sorti pour le débat démocratique, et cela est fait à la faveur de ce qui peut instruire la suite de la démarche présidentielle, en l’occurrence soumettre une proposition de loi à la discussion et au vote de l’Assemblée des Représentants du Peuple, qui détient le pouvoir législatif et dans laquelle Ennahdha détient une majorité décisive dans l’adoption ou non de la proposition présidentielle. Là aussi, que le mouvement Ennahdha choisisse de voter pour ou contre cette proposition, c ’est aussi son affaire et il en assume la responsabilité devant le peuple.

Quant à la proposition présidentielle, la seule retenue de tout le rapport, les autres restant dans la mouvance du débat public, ce qui ne peut être que bon pour la pédagogie démocratique, elle consiste à inverser la logique décisionnelle concernant l’égalité à l’héritage en faisant de celle-ci la règle, conformément à la constitution, et en laissant au citoyen propriétaire du legs, la liberté, s’il le désire, de consigner par écrit sa volonté d’appliquer la chariaa’ entre ses héritiers légitimes. C’est encore une décision de la plus haute importance historique parce qu’elle consacre du même coup la suprématie de la constitution et du caractère civil de l’Etat, ainsi que la liberté individuelle dont chaque citoyen doit assumer la responsabilité en bonne âme et conscience, mais devant les siens aussi.

Je pense sincèrement que ce discours du lundi 13 août 2018 est à classer parmi les amers de l’histoire de la modernisation de la Tunisie, et que l’avenir en attestera.

Economique Jawhara FM

jmc
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