C’est brutal, coûteux, aveugle. Et profondément tragique

Par Mansour M’henni
J’avoue avoir mal à mon humanité devant le spectacle horrible des conflits armés de ces derniers temps, surtout ceux affectant le Moyen Orient, et j’avoue en même temps n’avoir pas tellement envie de les commenter ou d’en discuter. Quelque chose en moi semble me dire que le faire serait une façon comme une autre de jouer le jeu de ces conducteurs des réalisateurs des pires spectacles de l’horreur, qui attendraient, avec le même plaisir doublé de fierté, aussi bien les discours laudatifs qui les applaudiraient que les discours de discrédit qui les insulteraient. En effet, dans tous les cas, ils jouissent de briller au-dessus du spectacle funeste, par la lumière des premiers et par les feux des seconds, comme de nouveaux Führers, éduqués à la bonne école.
J’avoue également que je ne me sens pas très porté à m’inscrire dans la logique d’une guerre juste et d’une guerre injuste, même s’il m’arrive de soutenir, sans trop de tapage d’ailleurs, un adversaire contre un autre. Non au nom d’une juste évaluation des responsabilités politiques, mais au nom des dommages criminels contre les populations innocentes, souvent ne comprenant pas ce qui leur arrive, ni pourquoi cela leur arrive. En effet, pour moi, la guerre est toujours un crime ; c’est pourquoi il conviendrait surtout d’éviter de la prendre pour un combat sportif, enthousiasmant et distrayant. N’empêche que certains de ses aspects poussent à réfléchir jusqu’à s’arrêter sans doute à la conclusion de la condition d’absurdité de la vie humaine.
De ce point de vue, un ami, spécialiste des médias audiovisuels et ancien responsable international dans le secteur, m’a communiqué un commentaire dont il souhaitait ne pas assumer la propriété. Je l’ai donc imaginé dans sa forme dialoguée que je partage dans cette chronique, dans l’espoir de partager plus largement la conversation qui pourrait en naître :
--- Après huit jours de bombardements sur l’Iran, m’a-t-il dit (on était alors au 8 mars 2026), une estimation raisonnable évoque près de 15 milliards de dollars de munitions larguées. Quinze milliards. En huit jours.
--- C’est sans doute un budget concevable dans ce genre d’investissement, répondis-je ironiquement, comme pour le provoquer !
--- Pour te donner un ordre de grandeur : le budget annuel total de la diplomatie française est d’environ 3,5 milliards d’euros. Autrement dit, en huit jours de guerre, on a brûlé l’équivalent de plus de quatre années de diplomatie française.
--- Et alors ?
--- Imagine un instant : quatre fois les moyens diplomatiques de la France mobilisés pendant une année entière. Des milliers de négociations, de médiations, d’initiatives politiques, d’influences régionales, notamment avec les pays du Golfe. Des réseaux activés, des pressions, des compromis, des ouvertures. Peut-être aurions-nous obtenu des résultats. Peut-être aurions-nous fait évoluer le régime iranien. Peut-être aurions-nous ouvert des brèches. Mais surtout : aucune mère à Téhéran n’aurait à serrer ses enfants contre elle en entendant passer les avions et tomber les bombes. Aujourd’hui, on dépense près de 1,5 milliard par jour pour détruire. Et personne ne semble se demander sérieusement ce que la même somme consacrée à la diplomatie, à la pression politique et aux réseaux internationaux pourrait produire. Cette fuite dans la guerre est d’une pauvreté intellectuelle stupéfiante. C’est brutal, coûteux, aveugle. Et profondément tragique.
Je préfère ne pas commenter pour laisser la conversation ouverte, j’y reviendrai à temps, pour m’exprimer peut-être…










