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Chronique24/10/2019 à 09:36

De la journée d’investiture du nouveau président

De la journée d’investiture du nouveau président

Par Mansour M’henni

Mercredi 23 octobre 2019 n’aura sans doute pas été un jour comme les autres pour une grande partie des Tunisiens, ce jour de l’investiture du nouveau président de la République, Kaïs Saïed, l’universitaire juriste qui a peut-être réussi à donner à la course pour la présidence d’autres normes et des considérations nouvelles.

N’empêche que les cérémonies et les protocoles de passation du pouvoir se sont bien déroulés, de la façon la plus gratifiante pour la Tunisie et pour sa transition démocratique. Mieux même, le discours du nouveau président a été assez rassurant par rapport à tous les soupçons et à toutes les appréhensions que ses propos de campagne et la littérature de son entourage ont semé dans l’esprit de plusieurs citoyens et de nombreux observateurs.

Il y a donc bien eu une modélisation du discours, adaptée à la circonstance, sans doute à l’initiative du président lui-même, mais aussi par conseil interposé. L’effet en est sensible à la réception générale tant du point de vue critique que du point de vue panégyrique. On a évidemment relevé l’éloquence rhétorique du discours où l’on a senti davantage la jouissance personnelle que tirait l’orateur de son usage éloquent de la langue qu’un vrai souci de communication. De là certaines répétitions rimiques et certaines amplifications métaphoriques dont l’illustre arabisant classique qu’est Kaïs Saïed devrait se départir au profit d’une pénétrabilité à rechercher plutôt dans la simplicité, la clarté et la concision, conformément à l’esprit brachylogique d’Al-Jahiz.

Cependant, au-delà de cette question formelle, il y a le contenu qui est sûrement le plus important dans la circonstance. Là aussi, un léger excès a quelque peu dérangé alors que le président aurait pu s’en passer puisqu’il n’en était pas redevable, à l’occasion. Il y a d’abord eu cette grosse « bourde » de la proposition de participation par réduction sur salaire, une proposition déjà prise comme une décision préjudiciable et suscitant une réaction immédiate de la direction de l’UGTT qu’il était maladroit de se mettre sur le dos dès le premier jour. Surtout que par ailleurs, l’invitation à reprendre le travail de plus belle a été ressentie comme une tendance à limiter l’action et les prérogatives syndicales. Cela aurait pu être dit autrement et sans doute mieux ailleurs.

Du côté de la diplomatie, qui est du regard premier du président de la République, le discours a été rassurant pour la plupart, abstraction faite de certains excès de zèle sur certaines questions qu’il conviendrait de traiter avec beaucoup de doigté, de juste diplomatie.

D’aucuns ont reproché au nouveau président son omission volontaire de tous ses prédécesseurs dont il aurait pu citer au moins deux : Bourguiba et Béji Caïd Essebsi. Du point de vue de l’intention unificatrice du peuple tunisien, cela aurait pu se faire ; mais du point de vue d’un parti pris idéologique de l’arrière-fond de soutien et de proximité du nouveau président, cela semble ne pas être tolérable. Des limites auraient-elles été préalablement établies dans l’esprit d’une révolution circonscrite dans le temps, à partir du 17 décembre 2010 ? Il y a tous lieux de le penser, mais attendons voir l’avenir, car la présidence s’inscrirait plutôt dans d’autres perspectives. Retenons quand même que l’ultime geste cérémonial du nouveau président embrassant le drapeau national, est un geste emprunté au fameux Bourguiba qui restera dans la symbolique que l’Histoire lui a déjà donnée.

Pour l’essentiel, comme je l’avais précédemment écrit ici même, Kaïs Saïed est un profil qui conviendrait bien à la Tunisie de la constitution de 2014. Son rôle serait d’abord celui de rassembleur, d’unificateur et, au besoin, de juste arbitre. Mais cela ne réussirait pas sans un positionnement d’égale distance par rapport à toutes les composantes politiques et les structures civiles du pays. Autrement, on se retrouverait dans la médiocre et problématique prestation du fameux Marzouki, le grand absent de toutes les heureuses circonstances tunisiennes.

A présent, attendons l’opération, sans doute périlleuse, de la formation du gouvernement. En effet, à ce premier épisode fort heureusement franchi, malgré de petits ajustements à apporter avec le temps, succède une étape de grandes tractations et de durs tiraillements qui peuvent occasionner de fâcheuses déchirures si la raison n’y reprend pas son empire et si l’esprit et la conscience patriotique n’y font pas valoir leurs valeurs.

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