Le Patrimoine et la vie

Par Mansour M’henni
Ce samedi 18 avril 2026 démarrera en Tunisie la 35 ème édition du mois du patrimoine, avec de nombreuses activités variées et réparties dans tout le pays. Chacun y va de sa spécificité et tous sous le label d’une richesse nationale ? ce serait l’idéal, mais ce n’est pas toujours le cas. Il n’en faut pas moins faire contre mauvaise fortune bon cœur et espérer que dans ce qui tend à nous diviser, le patrimoine pourra ranimer le sens de notre unité malgré les différences.
Rappelons la définition que l’UNESCO a donnée du patrimoine en 2008 : « Le patrimoine est l’héritage du passé dont nous profitons aujourd’hui et que nous transmettons aux générations à venir. Nos patrimoines culturel et naturel sont deux sources irremplaçables de vie et d’inspiration. » Sous une telle définition, une valeur humaine me semble couver différentes richesses nourrissant des sentiments nobles et des idées constructives fondées sur le principe que « rien ne vient de rien », que toute chose est à rattacher à une origine plus ou moins lointaine entretenue et conduite à travers le temps pour favoriser l’évolution constructive de la vie en société.
C’est dire que tout dans la vie est en « succession ouverte », selon la célèbre expression donnée en titre par Driss Chraïbi à l’un de ses romans. Autrement dit, tout ce qui a vécu a laissé un processus en marche que d’autres devaient continuer ; tout ce qui vit actuellement partira en laissant une continuité programmée ou en train de l’être, et ainsi de suite jusqu’à la fin des temps. Bref, tout est mémoire d’avenir. C’est le maître aphorisme qui me semble devoir régner à chaque entreprise se rapportant au patrimoine, au-delà de toute délectation devant l’ésthétique qu’on pourrait y trouver. D’ailleurs, le sens de la beauté est lui-même instructif, éducatif, formateur et stimulant de créativité.
Par ailleurs, le patrimoine inspire de nouveaux modes de production économique et joue alors un rôle de créateur de richesses, pour peu qu’il croise l’intelligence à même de l’aborder et de converser avec lui, forte de cette foi dans cet autre aphorisme, en l’occurrence « Tout dans la vie sert à quelque chose », prononcé par un personnage du film La Strada de Federico Fellini (1954). Plusieurs expériences, dans le monde et dans notre pays aussi, ont donné la preuve de cette intelligence fonctionnelle qui permet de répondre aux besoins de la surpopulation et du développement. On a même la preuve que la politique du patrimoine et celle de la protection de l’environnement peuvent se croiser au service des objectifs du bien- vivre. De là la transformation des déchets de toute sorte et leur réexploitation dans différents besoins plutôt que de les jeter partout et d’en polluer l’espace et la vie.
Tout cela nous ramène encore à une politique et une gestion de nos sociétés sur la base d’une éthique et d’une formation culturelle qui entretien le mariage heureux de la science et de la conscience, dans l’esprit de cette autre citation, de Rabelais : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Des aphorismes de ce genre, il y en a dans toutes les cultures et dans toutes les langues : ils constituent un riche patrimoine de l’esprit au service de la vie.











