Petits propos sur notre plus grande foire du livre

Par Mansour M’henni
La 40ème édition de la Foire internationale du livre de Tunis (FILT - 2026) a bien démarré dans le respect de ses traditions et avec les honneurs qui sont dus au Livre en tant que symbole de l’intelligence, de la sensibilité et du développement. Cette symbolique est officiellement marquée par la présence inaugurale du Président de la République, apposant ainsi le soutien indéfectible de l’Etat à cette manifestation prestigieuse, quoi qu’on dise à son propos.
J’avoue avoir beaucoup hésité avant de consacrer cette chronique à la question de la 40ème FILT, tellement les réseaux sociaux et autres canaux de communication ont fait état de divergences paraissant irréconciliables à son propos, si bien que tout commentaire finit forcément par être rangé d’un côté ou de l’autre, abstraction faite de tout souci d’objectivité qu’on veuille y manifester. Puis je me suis conformé à mon souci de communiquer sur l’événement sans trop m’y frotter, une façon comme une autre de marquer une quelconque présence. Aussi ai-je décliné certaines invitations à intervenir dans des rencontres culturelles ou à signer certaines de mes publications récentes (qui ne se soucient pas trop, elles-mêmes, du tapage calculé), prétextant la lourde charge des interventions et des publications que je prépare au plan international. En effet, mon expérience des foires de toutes sortes m’a inspiré une distance de réflexion me réduisant à une modeste présence qui vaut, selon certains, pour une absence caractérisée, sinon même pour une sorte de boycott singulier.
Passons outre les campagnes de dénigrement ou de condamnation issues d’animosités individuelles ou de comptes à régler claniques, généralement orientées contre des responsables personnalisés et cherchant à contribuer, autant que faire se peut, à les écarter du secteur des responsabilités de décision. Cela est monnaie courante et l’étonnant serait peut-être qu’il y en ait plus ! C’est peut-être aussi une compensation des restrictions que certains commentateurs déplorent contre la liberté d’expression.
Pour le cas d’espèce, en l’occurrence la FILT, les parties partisanes ou en opposition sont plutôt des organisations professionnelles, particulièrement l’Union des écrivains tunisiens (UET) et l’Union des éditeurs tunisiens (UET ex). La première souffre d’un soutien financier qui la laisse respirer par la pipette alors que son passé luisait d’importants appuis ayant fini par consacrer le statut d’écrivain comme une valeur de haute qualité, fût-il porté par l’un des plus délinquants et des plus dissidents socialement. Ainsi sont les créateurs, dirait-on alors, c’est leur grain de folie ! Mais leur organisme doit avoir les moyens de les contenir, sinon ils vont devenir des vendeurs à la criée des honneurs de tous ceux qu’ils rencontrent sur leur chemin.
Quant à la seconde partie dans ce conflit, l’Union des éditeurs tunisiens, on se tromperait à placer son principal intérêt hors du cadre financier. Il n’y a qu’à creuser assez profondément les termes du conflit pour retrouver à chaque fois la question du soutien financier ressenti comme un droit réclamé au nom d’un devoir d’État. La règle est simple : un éditeur est un commerçant qui investit dans le secteur de la culture ; il ne faudrait pas s’y tromper. Tout le reste en découle, surtout la part de décision et de tutelle même, réclamée dans la structure dirigeante, estimée à un partenariat partagé même sans contribution financière à l’organisation. Ce ne sont pas les arguments qui manquent pour revendiquer un tel statut, mais une autre logique est celle du partenaire en face, défendant une certaine cohérence de la gestion de propriété publique.
Tout cela pour dire que ces conflits nous semblent artificiels et excessivement calculés ; mais une discussion franche et transparente, mettant les points sur les i, aiderait à sortir de l’impasse en « séparant le bon grain de l’ivraie » pour donner à César ce qui est à César.











