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Chronique07/03/2016 à 16:10

Pour un retour à la Grande école de Haj Ali Soua

Pour un retour à la Grande école de Haj Ali Soua

Par Mansour M’henni

En ce jour du 29 février qui ne revient qu’une fois tous les quatre ans, comme pour rappeler que même à intervalles distancés, la mémoire est toujours bonne à raviver, J’ai lu un article rappelant un personnage exceptionnel, Haj Ali Soua qu’il est malheureux de ne voir ressurgir dans le souvenir qu’à l’initiative de quelques personnes et qu’à de rares occasions.

J’ai lu dans cet article qu’un « groupe de jeunes originaires de Ksar Helal ont voulu rendre hommage à cet homme modeste et généreux, qu’on appelle « Le Nobel de Ksar Helal », alors qu’il était autodidacte ». Un documentaire portant le titre « Haj Ali Soua, le leader silencieux » serait alors en phase de finalisation. Une noble initiative et un grand geste de fidélité et de reconnaissance qu’il faut saluer et encourager, avec l’espoir de voir ce produit rendre justice à la personne, mais surtout aux valeurs qui l’animaient et à la signification historique de « ses jours et ses travaux ».

Je me permettrais alors de rappeler une situation que j’ai vécue moi-même, au début des années 90 du siècle dernier et qui m’interpelle aujourd’hui, à l’occasion. J’avais la quarantaine accomplie et ayant vécue, vivant encore, dans la pleine action intellectuelle, culturelle et associative, mais ayant intériorisé, depuis ma tendre enfance, l’impressionnante histoire d’un homme exceptionnel, je pris l’initiative, en voiture, sur le chemin du retour de Kairouan où j’enseignais, de provoque un collègue de Ksar Hellal, tout aussi porté sur l’action culturelle, en lui reprochant que sa ville ne fasse pas ce qu’il fallait pour la mémoire de Haj Ali Soua.

J’ajoutai alors : « Tu sais, Haj Ali Soua n’est pas la propriété de Ksar Hellal, il appartient à toute la région et même à tout le pays. Alors, si vous ne lui faites rien chez vous, je le ferai moi-même à Sayada, à trois kilomètres de chez vous et vous porterez ce manquement à la mémoire comme une culpabilité pour le restant des jours ! ». Le collègue et ami s’empressa d’interpeler les autorités locales et les sponsors de la ville et un colloque exceptionnel se fit à Ksar Hellal qui devait, dit-on à la clôture, se transformer en une rencontre biannuelle internationale et qui devait déboucher très vite sur une publication des Actes de cette importante manifestation inaugurale, à haute symbolique socio-culturelle et d’un grand apport intellectuel.

Je compris qu’on n’ait pas cherché à m’associer au moins à l’équipe scientifique de cette activité ni qu’on ne m’ait même pas adressé d’invitation officielle (les relations entre les villes et villages mitoyens se vivaient à l’émulation et même à la concurrence qui parfais tournaient au conflit). Je fus quand même présent à tous les instants de cette manifestation, interviewant aussi certains invités de marque et publiant un article qui eut les faveurs d’une annonce soulignée à la Une du journal Le Temps.

Malheureusement, depuis, ni le colloque ne revint ni ses Actes ne furent publiés. Voilà pourquoi l’initiative de ces jeunes qui veulent réaliser un produit de mémorisation et d’archivage portant sur Haj Ali Soua est à applaudir et à souligner pour peut-être inciter d’autres gens et d’autres instances à faire de même.

C’est que, comme noté ci-dessus, « Haj Ali Soua n’est pas la propriété de Ksar Hellal, il appartient à toute la région et même à tout le pays ». Son œuvre répondait d’un système de valeurs qui donnaient sens à l’Histoire de la Tunisie de cette époque renaissant dans l’espoir et les ambitions de toujours faire preuve d’éveil intellectuel et d’esprit réformiste, « la Nahdha » (à ne pas confondre avec Ennahdha), sur un fond de rationalité et de grand amour pour la patrie.

Il importe surtout de retenir que Haj Ali Soua a été un ouvrier de toutes les tâches de trois secteurs clés de l’économie de la région : le textile, l’agriculture et le commerce. Il a fini ainsi par maîtriser leur fonctionnement et a pu s’y investir efficacement avec une gestion rigoureuse qui ne négligeait aucun détail et qui n’abandonnait pas le moindre sou inutilement. Cette perspicacité et cette application sembleraient contraster avec la générosité dont il a fait preuve à réaliser ses œuvres sociales ; pourtant non, car pour lui, la clé de la réussite consistait à ne pas mêler les registres : l’entreprise a ses règles, l’action sociale a les siennes.

En fait Haj Ali Soua était en lui-même un hymne à la valeur du travail : il était lui-même ouvrier dans son entreprise et il a été ouvrier sur les chantiers des établissements qu’il a édifiés pour ses compatriotes. On raconte qu’une personnalité aurait souhaité voir cet homme, à l’occasion de la construction de l’hôpital. En arrivant, on lui montra un petit homme affublé d’un modeste « Kadroun » sali par le mortier et autres poussières et s’affairant avec le reste des ouvriers qu’il employait sur son chantier. Vous imaginez alors son étonnement !

Cependant, il me semble difficile d’affirmer que la construction du bain maure avait pour but de pourvoir aux dépenses nécessitées par l’école et par l’hôpital. Haj Ali Soua, bien que analphabète, s’est nourri de la pensée réformiste tunisienne dont les idées étaient développées et discutées dans les boutiques des tisserands et autres petits ateliers du textile. Ces idées prenaient de plus en plus d’importance avec la naissance, au début des années 20 du siècle dernier, d’une pensée politique qui allait donner naissance au néo-destour à Ksar Hellal même, à l’initiative de Bourguiba, en 1934. Cette pensée s’inscrivait dans une certaine idée de la démocratie sociale, typiquement tunisienne, celle-là que Bourguiba généralisera, dans la gratuité, à l’issue de l’indépendance et pour laquelle il fallait doter le peuple de trois éléments nécessaires à sa conscience et à son existence : l’éducation, la santé et la propreté. De là vient l’idée de construire une école, un hôpital et un hammam.

Haj Ali Soua assura lui-même les frais de gestion de ces établissements, il paya tous ceux qui y travaillaient jusqu’à l’indépendance quand sa succession demanda le secours de l’Etat. C’est que les établissements de bienfaisance et de solidarité s’étendirent aux grandes villes comme Sousse et Tunis (Gabès aussi, semble-t-il) où il implanta des oukalas pour les étudiants qui faisaient des études plus avancées comme celles de la Zitouna.

Je sais de fait que tous mes instituteurs de Lamta, tous ceux de mes concitoyens instruits à Sayada, étaient et se reconnaissaient de la générosité de Haj Ali Soua qu’il n’avait jamais entendue comme une charité, mais comme une action patriotique, militante, dans l’esprit de modernisation de la société à la manière de l’école réformiste tunisienne.

Ainsi, Haj Ali Soua donnait la preuve que l’intelligence ne se mesure pas aux diplômes, que le patriotisme authentique ne sépare pas les entrepreneurs et les ouvriers et qu’il ne fait que reconnaître les règles de fonctionnement qui gèrent les rapports des deux parties dans la logique de la paix sociale et de l’intérêt commun.

« Les travaux et les jours » de Haj Ali Soua sont à rappeler aujourd’hui, à méditer profondément aussi ; on y trouverait sûrement le sens d’une culture éternelle qui pourrait inspirer la logique de gestion de notre société. C’est pourquoi, l’idée du début des années 90 du siècle dernier, celle d’un rendez-vous biannuel Haj Ali Soua me semble de vive actualité et de grande utilité.

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