Des couleurs de l’indépendance

Par Mansour M’henni
J’ai pris l’habitude, ces dernières années, à ne plus communiquer par anticipation sur la fête de notre indépendance, le 20 mars, car le nouvel esprit qui me semble avoir commandé notre relation à cette date a changé de couleur depuis ce qu’on a fini par considérer majoritairement comme une « décennie noire ».
Celle-ci aurait-elle teint de sa couleur, ce jour censé demeurer un jour de lumière ? Y aurait-elle creusé des fossés et des blessures pour y laisser fermenter l’odeur nauséabonde de la rancœur et des conflits ? On se souvient de ces premières années de ce qu’on avait voulu parfumer par l’odeur du Jasmin et de son immaculée couleur, ces années où l’on s’est appliqué à souiller la mémoire de ceux qui ont sincèrement servi notre pays, chacun comme il a pu et tous ensemble pour le même objectif : l’indépendance nationale comme une condition de la liberté du citoyen et du développement sociétal.
Qu’il y ait eu des maladresses, des erreurs déplaisantes, voire même des infractions plus graves, cela est certain ; mais le rôle des successeurs, est-ce de se lamenter sur un passé qui n’était pourtant pas aussi catastrophique qu’on voulut le montrer, ou plutôt de regarder le passer juste pour éclairer l’avenir et de s’investir aussi courageusement que possible pour faire mieux que les prédécesseurs et pour marquer de leur sceau innovant et constructif leur engagement dans l’édification d’une image respectable et inaltérable de leur pays et à travers lui de leur propre être ?
Ce qui m’a paru évident cette année, c’est un manque d’intérêt généralisé à la dimension festive de la commémoration, comme si, l’amour dans l’âme, les Tunisiens, pour la plupart, se sont résignés soit à l’idée que cette fête ne mérite plus d’être célébrée, soit que la lutte contre ceux qui veulent la marginaliser est perdue d’avance et qu’il leur faut faire contre mauvaise fortune bon cœur, en s’alignant sur une attitude leur paraissant dominante.
En fait, il suffit de s’attarder devant les commentaires de certains fidèles à la mémoire, sans se laisser prendre à ses pièges, pour y voir un argument fort incitant à continuer la lutte nationale non pour l’indépendance car celle-ci est acquise depuis 1956, mais pour donner la vraie valeur à l’esprit d’indépendance dans le sentiment d’une unité nationale.
Encore faut-il trouver la stratégie à même de conduire une telle démarche de la juste consécration de cette valeur, dans les différents secteurs de la vie commune ! Pour ce faire, il faudrait commencer par réimplanter et renforcer le sentiment d’appartenance à soi : aussi bien l’être en soi que l’être en société spécifique.
Cependant, cela devrait se faire avec la juste appréciation de l’appartenance à une communauté universelle valant par ses différences comme autant de richesses et non comme sources de conflits. Un grand objectif culturel à nobles objectifs et à plusieurs niveaux d’intervention : individuel, familial, institutionnel, national, régional et universel. Tout le reste en découlerait !
Imaginons que soient inscrits, dans cette vision culturelle des choses, tous les secteurs présentés comme prioritaires, au détriment de la culture, ces secteurs qui sont les principales causes ou les agents de commande de tous les conflits, notre monde et nos pays respectifs ne seraient-ils pas des havres de paix, dans l’éthique de la coopération, de la solidarité et du respect réciproque ?
Repensons donc notre indépendance de ce point de vue et maintenons sa commémoration comme une occasion régulière de vérifier notre juste inscription à l’école de la culture de l’indépendance solidaire !











