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Chronique14/10/2019 à 15:13

Félicitations Monsieur le Président, mais…

Félicitations Monsieur le Président, mais…

Par Mansour M’henni

Me voici sur un départ en direction de Cadiz (Espagne) pour participer au III° Congrès Mondial de Brachylogie, ce soir du dimanche 13 octobre où l’on vient de déclarer M. Kaïs Saïed nouveau président de la République tunisienne pour le prochain mandat de cinq ans. Mes sincères félicitations à l’élu, l’élu de la démocratie, de la gestion civile de la société. Nul besoin de le lui rappeler, lui le spécialiste de droit constitutionnel.

Cependant, les félicitations les plus vives vont incontestablement pour la Tunisie qui, même dans les fanges de la transition démocratique auxquelles elle n’est pas près d’échapper, pour un temps encore, a montré au monde qu’un Etat y est établi avec des lois et des traditions constitutionnelles qui commandent le transfert du pouvoir sous les règles de la civilité. Souvenons-nous en : que ce soit en novembre 1987 ou en janvier 2011, c’est toujours la constitution qui a été au secours des crises. Que dire alors de 2014 et de 2019. On a souvent parlé de l’exception tunisienne, on ne s’y est pas trompé, même si beaucoup reste à faire pour concrétiser l’exception et en faire un cas d’école.

Cela aussi, le nouveau président Kaïs Saïed le sait autant sinon plus que quiconque, encore faut-il que jamais il ne l’oublie dans l’exercice de son mandat. Candidat, Kaïs Saïed a présenté un profil iconoclaste qui a intéressé plus d’un et qui a séduit plusieurs. Au terme du second tour de l’élection présidentielle, il est élu avec près de 77% des électeurs, frôlant le score de ceux qu’on appelait les dictateurs même si, à première vue, il semble ne rien avoir de commun avec eux. Touchons du bois. Il va sans dire que ce score ne vient pas seulement du groupe qui a initié sa candidature et a accompagné sa campagne, ni d’ailleurs exclusivement des partis qui lui avaient exprimé explicitement leur soutien. Sans insister sur les dessous de ces soutiens ainsi criés, nullement pour les beaux yeux du candidat ni pour son programme auquel ils ne croient guère.

Le nouveau président nous paraît devoir d’abord s’installer dans son statut et, plus que le dire, se considérer effectivement comme le président de tous les Tunisiens et surtout le président de cette Tunisie qui est aussi celle de ceux qui n’ont pas voté pour lui ou n’ont pas voté du tout. Ce rôle tant souhaité d’un président fédérateur et maître des justes arbitrages, saura-t-il s’en acquitter ? Nous le souhaitons de tout cœur, pour lui certes, mais surtout pour la Tunisie.

Ce que le nouveau président savait peut-être aussi, c’est que ceux qui ne lui étaient pas favorables n’avaient rien contre sa personne, unanimement reconnue comme digne de respect, mais ils avaient peur des projets anachroniques des groupes politiques qui avaient cherché à en faire leur candidat. Ces derniers n’avaient pas caché leur intention de prendre le temps qu’il faut et d’user des stratégies et des moyens possibles pour replonger la Tunisie dans un modèle sociétal passé d’époque. C’est pourquoi de nombreux tunisiens, dont une large partie a voté pour Kaïs Saïed, sont restés méfiants à l’égard d’Ennahdha même aux plus heureux moments de son ouverture sur la modernisation du pays et de sa société.

Aujourd’hui Ennahdha a une chance inouïe pour essayer de convaincre de la sincérité de son adhésion à l’entreprise de démocratisation. Elle devrait tirer les leçons qui se doivent à la fois de sa troïka et de sa coalition avec feu Béji Caïd Essebsi. Cela est d’autant plus urgent pour elle que sa victoire aux législatives ne saurait cacher sa régression en termes de mobilisation sincèrement partisane. Ayant la responsabilité de la formation du prochain gouvernement, le Mouvement Ennahdha se doit de chercher un vrai consensus politique autour d’une équipe gouvernementale pour la relance du développement intégral, sans se soucier des divergences idéologiques, sectaires ou autres. Elle devrait donc cibler un président de gouvernement compétent et rassembleur, et surtout se dissuader de s’emparer des ministères de la culture et de l’éducation pour en charger des personnalités indépendantes, connaissant bien les secteurs.

Tout le reste viendra après, avec les acquis qu’assurerait cette première étape gouvernementale, censée se soumettre à des évaluations régulières, élargies au maximum d’avis possibles, mais dans une logique interactive qui ne cherche pas à convaincre que les chèvres peuvent avoir des ailes et voler dans les airs.

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