Le Mal de notre sport et la stratégie convenable de sa médication

Par Mansour M’henni
Il va de soi que l’entourage de ce mois de juin monopolise, une fois tous les quatre ans, les commentaires les plus divers sur la coupe du monde de football, en plus des examens scolaires et universitaires qui, eux, sont commentés tous les ans à la même période. Sans doute est-ce plus pour sa popularité que pour sa périodicité que le football l’emporte sur les sujets d’examens, sur les résultats, sur la fraude et sur l’Intelligence Artificielle.
Il faut avouer que la participation de notre pays à la coupe du monde de cette année ne donnait aucune illusion. Cependant, ce qui était souhaité, au fond des cœurs, c’est qu’on réussisse, autant que possible, à sauver la face, au moins, et pourquoi pas, à la croisée d’un peu de chance et de beaucoup de volonté, pouvoir laisser une bonne impression et cultiver l’espoir d’un retour rapide à certains moments de réussite de l’équipe nationale tunisienne de football. Le souvenir de 1978 ne s’est pas effacé, et d’autres performances non négligeables chatouillent les cœurs et l’imagination.
En vérité, cette coupe du monde a tout simplement donné la preuve, on ne peut plus éloquente, que notre football est au sommet de sa crise et, par une approche analogique, nos concitoyens ont été conduits à se poser la question de savoir si tout notre sport n’est pas en état de crise, voire même notre gestion sociétale dans sa totalité. Se poser de telles questions est bon en soi parce qu’il dénote un état de conscience éveillée, en alerte même, pour ressentir les signes du mal quand il survient. Reste à se demander, au-delà de cette réaction, instinctive ou presque, si l’intelligence de cette conscience alerte s’assume en tant que telle et fait ce qu’il faut pour soigner le mal.
Sincèrement, tous les discours qui commentent la situation ne paraissent pas raisonner des effets et des causes dans la sérénité analytique et l’échange conversationnel afin de diagnostiquer la nature du mal et de prescrire la médication convenable. En effet, on a une campagne remplie de passion et de sentiments d’animosité, dans un sens ou dans un autre, soit pour défendre quelqu’un jugé victime d’une injustice et d’une erreur d’appréciation de ses responsabilités, soit pour dénigrer quelqu’un d’autre jugé malvenu là où il est dans un objectif de redressement des choses, soit encore pour reconduire ce qu’on appelle, en termes footballistiques, « des conflits des virages » et redorer le blason d’une équipe locale contre une autre, etc.
Mais, au-delà aussi, des politiciens sautent sur l’occasion pour injecter une autre dose d’excitant de nature idéologique et de portée strictement politique, dans l’inépuisable stratégie de la fin qui justifie les moyens. Autant le dire et le redire, on n’a pas encore vu un moment de conscience nationale qui, face à une crise grave, rassemble les intelligences, les volontés et les moyens pour réparer les choses, dans la conviction qu’il faut différer les divergences spécifiques devant l’intérêt commun et la cohésion de notre société.
Ce qu’il nous faudrait donc, ne serait-ce pas d’examiner notre méthodologie de l’engagement sociétal et de l’amour de la Patrie, avant de nous fixer sur l’analyse du mal et la mise en place de la stratégie de sa médication ?











