De la biodiversité comme un humanisme

Par Mansour M’henni
Aujourd’hui 21 mai est la « Journée mondiale de la diversité culturelle pour le dialogue et le développement », déclarée par l’Assemblée générale des Nations Unies en 2002 pour « célébrer non seulement la richesse des cultures du monde, mais aussi le rôle essentiel du dialogue interculturel pour la paix et le développement durable ». Le 22 mai est aussi une Journée internationale, celle de la biodiversité, décidée par les Nations Unies en 1993 et « fixée au 22 mai depuis 2000 ».
Nous voici donc, après un quart de siècle, à devoir peut-être faire un petit bilan, tout provisoire, de ce qui s’est fait dans ce sens et de ce qui aurait dû ou devrait se faire, au rythme où vont les choses et aux risques encourus. D’ailleurs le couplage de ces deux journées n’est sans doute pas un fait de hasard, même objectif, mais un effet de conscience s’éveillant à la négligence humaine de certains de ses devoirs qui devraient constituer des besoins vitaux, dans la logique du développement et de la sauvegarde de l’humanité de l’Homme et des valeurs censées commander son intelligence pour mieux assurer son existence.
Ainsi, ce couplage des deux journées est à comprendre et à assumer en tant que vrai mariage à consommer et à entretenir, sans nulle idée de divorce ni même de séparation intermittente. En effet les deux domaines éclairent simultanément la pensée de l’homme, nourrissent ses sentiments et lui dictent de ne jamais perdre de vue ces considérations essentielles qui font l’histoire de sa vie… et l’histoire de la vie.
Il nous revient donc de saisir et de comprendre les messages qui nous viennent de l’Univers, depuis son infinie immensité vertigineuse, jusqu’à la plus petite chose concevable. Tout en lui nous parle, nous interroge et guide notre conscience. Ne pas être sensible à cette forme de conversation, c’est un peu choisir de vivre en dehors de la vie. À ce propos, je n’arrête pas de me souvenir de cette réplique pleine de sens dans le célèbre film de F. Fellini, La Strada (1954), où « Le Fou » (c’est ainsi qu’il s’appelle), voyant la belle Gelsomina pleurer et se lamenter au bord de la route du fait de sa conviction qu’elle ne servait à rien, ramasse un petit caillou et lui dit : « Tout ce qui existe a sa raison d'être. Prends ce caillou, par exemple... Même ce petit caillou sert à quelque chose. S'il ne servait à rien, alors les étoiles ne serviraient à rien non plus, et toi non plus tu ne servirais à rien. Mais puisque les étoiles existent, tu sers à quelque chose, toi aussi. »
C’est cette même vérité qui vaut autant pour l’objectif de la Journée du 21 mai et pour celui du 22 mai : apprendre à respecter toute chose dans la nature et savoir l’interroger pour en tirer le juste et bon fruit de l’existence, mais en tirer également les bonnes et justes valeurs du vivre-ensemble. Celles-ci, parodiant la réplique du Fou-Philosophe, n’arrêtent pas de nous dire : « Tous les êtres ont leur raison d'être... Même ceux qui vous paraissent ne pas en avoir… pour une raison ou pour une autre, celle de la couleur, du genre ou de la culture. Nous lui devons tous notre égal respect et au besoin, notre sincère solidarité. »
Tel semble être le propos d’un livre récemment publié et que je n’ai pas eu encore le temps de lire (mais cela se fera bientôt, j’espère), un livre de Marc-André Selosse, un biologiste et professeur au Muséum national d'histoire naturelle à Paris ; il a pour titre : De la biodiversité comme un humanisme.











